Par Vince Pietropaolo, Directeur général, Services familiaux et de santé mentale de COSTI ; Expert en la matière, PSMIR
Engager des clients nouveaux arrivants qui ne comprennent pas ou ne reconnaissent pas les problèmes de santé mentale est un défi courant et complexe dans les services communautaires. De nombreux réfugiés, par exemple, arrivent avec des expériences de déplacement, de guerre, de perte, d'oppression systémique et de stress prolongé, mais peuvent ne pas identifier ces expériences comme des préoccupations de « santé mentale ».
Les croyances culturelles, la stigmatisation, les barrières linguistiques et la peur des autorités ou des systèmes peuvent également influencer la façon dont la détresse est comprise et exprimée. Un engagement efficace nécessite des approches culturellement adaptées, tenant compte des traumatismes et fondées sur la confiance. Voici six stratégies que vous pouvez utiliser pour rejoindre les clients qui ne reconnaissent pas leurs problèmes de santé mentale :
Abandonner le langage clinique ou diagnostique
Des termes tels que « maladie mentale », « thérapie » ou « counseling » peuvent susciter de la stigmatisation ou de la peur, en particulier chez les personnes qui viennent de contextes où les services de santé mentale étaient inaccessibles, punitifs ou associés à des maladies graves. Concentrez-vous plutôt sur les expériences quotidiennes — le stress, les difficultés de sommeil, les maux de tête, l'inquiétude, les conflits familiaux ou les difficultés d'adaptation à la vie au Canada. Formuler les conversations autour du « bien-être », de la « gestion du stress » ou du « soutien face au stress » semble souvent plus sûr et plus accessible.
La confiance et la sécurité sont essentielles
Cette stratégie est particulièrement importante pour les clients ayant vécu un traumatisme ou une persécution. Les immigrants et les réfugiés peuvent être prudents quant au partage d'informations personnelles, surtout s'ils craignent d'être jugés, d'être impliqués dans des dossiers de protection de l'enfance ou de subir des conséquences liées à l'immigration. Les praticiens doivent expliquer clairement la confidentialité, les rôles et les limites en langage simple et vérifier la compréhension. La constance, la patience et la transparence au fil du temps sont souvent plus efficaces que les premières tentatives d'aborder directement la santé mentale.
La compréhension culturelle est essentielle
Dans de nombreuses cultures, la détresse émotionnelle s'exprime physiquement ou relationnellement plutôt que psychologiquement. Les clients peuvent décrire de la douleur, de la fatigue ou des tensions familiales plutôt que de la tristesse ou de l'anxiété. L'humilité culturelle — demander comment les clients comprennent leurs expériences et ce que le soutien signifie pour eux — aide à éviter d'imposer des cadres occidentaux de santé mentale. Le cas échéant, travailler avec des interprètes, des médiateurs culturels ou des leaders communautaires peut renforcer l'engagement et réduire les malentendus.
Relier le soutien aux objectifs pratiques d'établissement
De nombreux immigrants et réfugiés accordent la priorité au logement, à l'emploi, aux processus d'immigration, à l'apprentissage des langues et à la stabilité familiale. Les services de santé mentale peuvent sembler non pertinents s'ils ne sont pas clairement liés à ces objectifs. Présenter le soutien comme un moyen d'améliorer la concentration au travail, de gérer le stress parental, de renforcer les relations ou de faire face aux défis liés à la migration peut accroître la volonté de s'engager.
La psychoéducation doit être progressive et relationnelle, plutôt que formelle ou instructive
Les praticiens peuvent doucement souligner les schémas que les clients remarquent déjà, comme la façon dont le stress affecte le sommeil ou comment les expériences passées influencent les réactions actuelles. L'utilisation d'exemples et de métaphores culturellement pertinents peut aider à normaliser la détresse sans la qualifier de pathologie.
Respecter l'autonomie et la disposition du client
L'engagement ne nécessite pas une pleine reconnaissance des problèmes de santé mentale. Les petits pas — assister aux rendez-vous, essayer des techniques d'ancrage ou accepter des références formulées autour du bien-être — constituent des progrès significatifs. En respectant les perspectives et le rythme des clients, vous créez un espace permettant à la compréhension de se développer naturellement.
Soutenir les clients immigrants et réfugiés commence par l'écoute, le respect et le partenariat. Lorsque les services sont culturellement adaptés et alignés sur les réalités vécues par les clients, l'engagement devient non seulement possible, mais durable.