Family-based Interventions of Preventing Substance Use Among Immigrant Youth: A Scoping Review
Traduction : Interventions axées sur la famille pour prévenir la consommation de substances chez les jeunes issus de l’immigration : une revue de portée
Auteurs :
Li Y, Maina G, Mousavian G, et al.
Organisations :
Université de la Saskatchewan, Université Dalhousie, Autorité sanitaire de la Saskatchewan
Date :
2024
Citation :
Li Y, Maina G, Mousavian G, et al. Family-based Interventions of Preventing Substance Use Among Immigrant Youth: A Scoping Review. Substance Use: Research and Treatment. 2024;18. doi: 10.1177/29768357241244680
Contexte
Les jeunes au Canada présentent des taux de consommation de substances plus élevés que ceux observés dans d’autres pays développés. L’adolescence représentant une période particulièrement critique du parcours de vie, en raison des changements psychologiques, sociaux et physiologiques qui s’y produisent, la consommation et l’usage problématique de substances peuvent avoir des effets néfastes importants. Ces effets comprennent notamment des impacts sur le développement du cerveau, l’apparition de troubles de santé mentale, de moins bons résultats scolaires ainsi qu’une augmentation des comportements à risque et des comportements antisociaux, tels que la conduite avec facultés affaiblies, l’intimidation, l’agression, la violence, le vol et la délinquance.
Bien que la consommation de substances soit généralement plus faible chez les jeunes issus de l’immigration que chez les jeunes nés au Canada, ces jeunes font face à des vulnérabilités particulières susceptibles d’accroître le risque de consommation. Ces vulnérabilités sont liées au stress migratoire, à la discrimination, à la stigmatisation, aux conflits familiaux et à une plus grande exposition aux substances dans le pays d’accueil. Les jeunes immigrants s’acculturent souvent plus rapidement et plus facilement que les adultes immigrants, ce qui peut créer un écart de compréhension entre les jeunes et leurs parents nouvellement arrivés et ainsi exacerber certaines difficultés. Les données montrent également que le risque de consommation de substances augmente chez les adolescents à mesure que le temps passé dans le pays d’accueil s’allonge, ce qui souligne l’importance de mettre en place des programmes visant à atténuer ces risques.
L’implication active et la supervision parentales sont fréquemment identifiées comme des éléments clés de la prévention et jouent un rôle déterminant dans la manière dont les jeunes issus de l’immigration construisent leurs perceptions et leurs comportements à l’égard de la consommation de substances. Les interventions axées sur la famille sont particulièrement efficaces pour mobiliser les parents, renforcer le fonctionnement familial et améliorer les relations parent-enfant, et peuvent contribuer à retarder ou à réduire la consommation de substances.
Points saillants
Contexte et question de recherche
- La consommation de substances à l’adolescence est associée à des conséquences à long terme sur le plan neurocognitif, de la santé mentale, du rendement scolaire et du développement social.
- Les jeunes nouvellement issus de l’immigration présentent des niveaux de consommation de substances significativement plus faibles que leurs pairs nés au Canada, mais font face à des facteurs de risque liés au stress migratoire, à la discrimination, à la stigmatisation et aux conflits familiaux.
- Le début de la consommation peut être influencé par la pression de se conformer aux pratiques dominantes et par la recherche d’un sentiment d’appartenance auprès des pairs.
- Les interventions de prévention axées sur la famille sont plus efficaces que les approches ciblant uniquement les jeunes et démontrent des effets à plus long terme.
- La théorie écodéveloppementale constitue un cadre conceptuel solide en mettant l’accent sur l’influence de la famille au sein de systèmes sociaux plus larges.
- Les interventions adaptées culturellement améliorent la pertinence, l’engagement et l’efficacité auprès des familles immigrantes.
- L’amélioration du fonctionnement familial et des relations parent-enfant est systématiquement associée à une réduction de la consommation de substances.
Méthodologie
L’article repose sur une revue de portée de 13 études portant sur des interventions de prévention de la consommation de substances axées sur la famille et destinées à des jeunes issus de l’immigration âgés de 12 à 17 ans. Les études ont été publiées en anglais et menées au Canada, aux États-Unis, en Australie ou en Nouvelle-Zélande.
La revue a inclus des interventions visant à prévenir la consommation d’alcool, de cannabis ou de drogues illicites, et a exclu les études ne ciblant pas les familles immigrantes ou les adolescents. L’approche de revue de portée a été retenue afin d’offrir un aperçu global de la littérature, plutôt que d’évaluer la qualité méthodologique ou l’efficacité des études individuelles. Ainsi, aucune évaluation formelle de la qualité n’a été réalisée. Les résultats des études ont été synthétisés afin d’identifier les caractéristiques communes des interventions et les résultats rapportés.
Quelles interventions et quels programmes ont été examinés, et comment étaient-ils structurés?
La revue de portée a examiné 13 interventions de prévention de la consommation de substances axées sur la famille et destinées aux jeunes issus de l’immigration. Toutes les interventions étaient offertes en présentiel, principalement sous forme de séances de groupe, et impliquaient généralement les parents et les jeunes, les séances parentales constituant un élément central.
La durée des programmes variait de 8 à 24 séances et suivait souvent une approche par étapes visant à renforcer la compréhension des parents quant aux liens entre pratiques parentales et consommation de substances, à améliorer leur connaissance des environnements sociaux des adolescents et à développer leurs compétences parentales. Les contenus abordés étaient largement similaires d’un programme à l’autre et portaient notamment sur les styles parentaux, le développement à l’adolescence, la communication, la discipline, la résolution de conflits, la supervision et le maintien du lien parent-enfant. Plusieurs programmes comprenaient également des activités à réaliser à domicile afin de favoriser l’application concrète des apprentissages.
La théorie éco-développementale constituait le fondement théorique le plus fréquemment mobilisé, mettant l’accent sur le rôle central du fonctionnement familial dans des systèmes sociaux plus larges. Les discussions de groupe étaient le principal mode de prestation et jouaient un rôle clé dans le renforcement de l’apprentissage, du soutien entre pairs et du sentiment de communauté.
Quels ont été les résultats et les effets observés?
Bien que la qualité des interventions n’ait pas été évaluée formellement, la majorité des études ont rapporté un retard de l’initiation à la consommation ou une réduction de la consommation de substances chez les jeunes. Toutes les études ont également observé des améliorations du fonctionnement familial et des relations parent-enfant perçues, ainsi qu’une augmentation des connaissances et compétences parentales en matière de prévention et de développement à l’adolescence.
Comment l’adaptation culturelle a-t-elle été intégrée aux interventions?
Compte tenu de la diversité des populations ciblées, la plupart des programmes ont intégré des adaptations culturelles. Six interventions ont combiné des adaptations de surface (langue, exemples, animateurs culturellement pertinents) et des adaptations en profondeur (valeurs culturelles, normes parentales, croyances).
Les adaptations de surface ont contribué à améliorer l’engagement, la confiance et la compréhension des contenus, tandis que les adaptations en profondeur ont permis d’aborder les conceptions culturelles de la discipline, de l’autorité, de la communication et de l’autonomie des adolescents, ainsi que les tensions liées à l’acculturation. Ces interventions n’ont pas remplacé le contenu central de prévention, mais l’ont contextualisé culturellement, ce qui s’est révélé particulièrement efficace pour soutenir l’engagement et l’apprentissage des parents.
Que peuvent tirer les intervenants en établissement de ces constats?
Les résultats indiquent que les approches de prévention axées sur la famille et adaptées culturellement sont particulièrement pertinentes dans les contextes de services aux personnes immigrantes. Les intervenants de première ligne peuvent jouer un rôle clé en mobilisant les parents comme facteurs de protection, en tenant compte des stress liés à la migration et en renforçant la communication familiale.
Les programmes favorisant l’apprentissage entre pairs, la discussion et le soutien mutuel, tout en aidant les parents à mieux comprendre les environnements sociaux de leurs adolescents (école, pairs), semblent particulièrement efficaces pour réduire l’exposition des jeunes à la consommation de substances et aux comportements à risque associés.